Château Procureur

Sept heures du matin, par une fraîche matinée d’automne, après une bonne centaine de kilomètres parcourus, j’avance prudemment avec mon binôme dans un sentier forestier couvert de brume. La discrétion est de mise, le Château Procureur se trouvant dans une propriété avec une ferme en activité.

Il y a peu de temps que nous explorons, c’est d’ailleurs notre première journée « urbex » comme nous l’appelons à l’époque, en dehors de notre région. Lorsque nous arrivons à proximité de la bâtisse, je sens que mon approche de l’exploration prend une nouvelle dimension. Fini les ballades de fin d’après-midi dans les ruines connues de Normandie, une boule au ventre s’empare de moi rendant chaque pas comme une épreuve. Au loin, des lumières illuminent les fenêtres de la ferme, une épaisse fumée sortant de la cheminée, je lève les yeux et aperçois les prémisses d’un lever de soleil caressant les nuages. Le spectacle est tout simplement magnifique. Néanmoins, il faut hâter le pas et pénétrer à l’intérieur avant de se faire repérer dans le parc.

C’est avec une réelle facilité que nous atteignons la pièce principale du château, ornée de murs d’un jaune et saumon entièrement peint à la main. Sur les vitres couvertes de buées, de la végétation pousse et témoigne des années sans vie de la demeure. Après quelques recherches, il semble que le Château Procureur n’ait pas connu d’activité depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il aurait été réquisitionné pendant l’occupation par l’armée allemande en témoigne les peintures nazies au grenier (que je n’ai pas réussi à photographier…). Le froid et l’humidité passent par les vitres cassées, le sol craque et menace de s’effondrer à tout moment.

Il reste quelques traces de vie comme une valise en décomposition, un vieux divan, des lits… Des souvenirs jonchent le sol, des photos, papiers et cartes postales mélangés aux toiles d’araignée et crottes de volatiles. Il est temps de sortir le matériel pour immortaliser ce magnifique château oublié. Il est tout juste huit heures, pendant que certains finissent leurs nuits au chaud dans leurs lits, je me roule dans la poussière et me colle le long de murs humides pour tenter de réaliser de jolis clichés. Drôle d’activité dominicale, je sais !