Prison Vert Galant / Prison des Pointes

Pénétrer une prison alors que la plupart n’ont qu’un souhait, s’en échapper. Voilà la mission que j’ai en tête ce matin-là en me levant à l’aube. Direction le Mans, et la maison d’arrêt du Vert Galant. 

Il est 8 heures du matin. Posté sur un trottoir face à ces murs d’enceinte gigantesques, j’ai du mal à m’imaginer qu’on va trouver un accès pour infiltrer cette ancienne prison en cours de réhabilitation. Une pluie battante et continue s’abat sur nous depuis le lever du jour. Cette journée de juin a des airs de novembre. Le Mans est encore endormi en ce matin dominical, seuls quelques voisins promenant leurs chiens, déambulent dans la rue. 

Dans un renfoncement, un passage semble se dessiner. Il s’agit d’un portail massif avec de hautes pointes sur la tranche mais beaucoup moins haut que les murs de la prison. Ni une, ni deux, en quelques dizaines de secondes, mes deux acolytes ont déjà basculé de l’autre côté. Pour ma part, le franchissement se complique lorsque le portail escaladé, je viens m’empaler dans une des pointes de celui-ci.

Pris dans l’entre-jambe, je marque l’arrêt quelques secondes, le pantalon bloqué dans la pointe avec un morceau de ma chair. Pas de grosse douleur, juste une gêne, tant bien que mal je me défais du piège et traverse la cour à grande vitesse pour aller me mettre à l’abri des regards. Tout de suite, une inquiétude vient en moi. Comment vais-je faire pour repasser ce portail au retour ? Portail m’ayant causé une belle péripétie mais qui semblait plus simple à escalader côté rue que côté prison.

Je tente peu à peu de reprendre mes esprits. Ce serait dommage qu’une fois à l’intérieur, je n’arrive pas à immortaliser ce lieu prisé depuis quelques mois. Difficile de faire abstraction, mais le début de la visite va rapidement m’aider à penser à autre chose.

Le lieu est immense et la réhabilitation a déjà commencé. Malheureusement, le bâtiment abritant les cellules vient de disparaître sous les coups de la pelleteuse garée sur le côté. Néanmoins, c’est un réel plaisir de voir que cette architecture va être préservée et conservée pour un projet de transformation. Située dans l’hyper centre du Mans, les barreaux aux fenêtres extérieures rappellent la prison mais le bâtiment est en réalité un ancien cloître hébergeant le palais de justice et la maison d’arrêt du Vert Galant. Fondé au XVIIe siècle et reconstruit au XVIIIe, l’ancien couvent de la Visitation ne disparaîtra pas et fait partie d’un projet de réhabilitation proposant une place publique arborée, 45 appartements et un hôtel de luxe.

C’est parti pour l’infiltration des bâtiments restants. L’ambiance est lourde. Le vent s’engouffre par les fenêtres ouvertes faisant claquer les portes. Un sifflement angoissant traverse les longs couloirs. Ça fiche la chair de poule.

Soudain, en me baissant, je sens mon pantalon humide. Il est teinté de rouge. Aucun doute, je me suis blessé en franchissant le portail lors de l’infiltration. Je recherche la provenance de ce sang et je réalise qu’une des pointes s’est enfoncée au niveau de mon entre-jambe lors de la bascule. Mon jean étant trempé par la pluie, je ne me rendais pas compte que je saignais depuis. Impossible de faire demi-tour tout seul. La blessure semble plus impressionnante qu’importante. Je décide donc de réaliser un bandage de fortune à l’aide d’un pansement et d’un vieux tee shirt qui traînait dans mon sac. Ça devrait tenir pour quelques heures. 

La visite continue tant bien que mal. Ce n’est pas simple de se concentrer surtout lorsque l’on sait qu’on va devoir crapahuter pour ressortir. Déception lorsque j’arrive dans l’ancienne chapelle accueillant le palais de justice, tout le mobilier a été retiré. En revanche, l’émotion m’envahit arrivant dans le couloir réservé aux parloirs. Loin d’être très photogéniques, on imagine les heures de discussion et les secrets que détiennent ces murs.

L’ancienne salle d’audience du tribunal est restée dans son jus. Ouverte aux quatre vents, jonchée de fientes et de cadavres de pigeons, le spectacle de décrépitude dans cet espace est hallucinant.

En ressortant, je croise deux autres explorateurs. Ils me surprennent et je pense un instant à la sécurité du chantier, mais ils ont les mêmes souhaits que nous, immortaliser l’endroit avant sa transformation. Quelques échanges sur leurs entrées également compliquées et je continue ma visite.

L’heure tourne. Déjà pratiquement 4 heures que je me promène dans cette ancienne maison d’arrêt. Un passage par la cour et ses grillages empêchant l’évasion. On reconnait l’architecture de l’ancien couvent. Je bascule alors dans la dernière aile du bâtiment. Tout a été vidé, démonté, il ne reste que les murs, sauf celui du fond qui a été également victime des coups de pelleteuse. 

Je jette rapidement un coup d’œil et m’aperçoit que le portail dans cette autre cour est ouvert. Il suffit de sauter ces quelques mètres et on pourrait éviter de repasser le portail diabolique de l’entrée. Un câble est attaché à un pilier. Je m’y suspends pour ensuite me jeter dans le vide. Avec ma souplesse légendaire, ma réception fut chaotique, une fesse dans une flaque de boue. Pas de bobo, je repars en courant pour rejoindre la voiture. Il faudra juste soigner celui de l’entrée. Elle m’aura donné du fil à retordre cette prison.