Château Burrus : nouvelle vie pour le Manoir à la Verrière

Château Burrus : nouvelle vie pour le Manoir à la Verrière

Tel un DJ dépoussiérant un tube d’il y a quarante ans, je vous propose aujourd’hui la réédition de mon article sur le Château Burrus. Ceux qui me suivent depuis longtemps reconnaîtront le manoir à la Verrière que je vous ai présenté en 2015, populaire dans le milieu de l’urbex. Lors de la publication, la bâtisse était encore à l’abandon, c’est pourquoi j’étais resté discret sur son histoire et son emplacement. Aujourd’hui, je vais pouvoir vous en dire plus.

Avant tout, commençons par cette bonne nouvelle ! Depuis novembre 2021, le château Burrus est racheté et en cours de réhabilitation par la SCI Framy. Les nouveaux propriétaires ont pour projet de le louer pour faire des cérémonies et proposer des chambres d’hôtes de luxe. Vous comprendrez donc que ce lieu n’est plus abandonné et qu’il est inutile de s’obstiner à vouloir le visiter. Une page se tourne et pour une fois, l’histoire est belle. Abandonné depuis plus de trente ans, dégradé au fil des visites, j’ai longtemps pensé que cette magnifique bâtisse périrait dans les flammes. Je suis content de voir qu’il va être sauvé.

La famille Burrus : un empire qui fait tabac.

En 1820, Martin Burrus, paysan et viticulteur, décide de se lancer dans la fabrication de rouleaux de tabac à fumer et à chiquer. A cette époque, Napoléon a remis en place le monopole du marché du tabac, c’est pourquoi le vigneron part installer sa fabrique à Boncourt, à la frontière suisse. Son entreprise deviendra un empire industriel transmis sur six générations. 

En 1868, François-Joseph, fils unique et héritier de Martin Burrus, léguera l’entreprise à quatre de ses cinq fils. Joseph et François continueront à Boncourt alors que Jules et Martin retourneront en Alsace pour implanter une filiale de l’entreprise familiale, à Sainte-Croix-aux-Mines. Vous trouverez plus d’informations sur cette famille dans l’article du Temps.

 La Villa Barrus : grandeur et décadence.

Situé à Sainte-Croix-aux-Mines, entre Colmar et Strasbourg, dans le département du Haut Rhin, l’édifice de style néo-baroque sort de terre en 1900. Il est dessiné par les architectes Jules Berninger et Gustave Krafft, d’origine alsacienne, ayant fait leurs études à Stuttgart et à l’École des Beaux-Arts de Paris. Le château devient alors la maison familiale du repreneur de la manufacture alsacienne, Maurice Burrus.

L’homme d’affaires voyage beaucoup pour s’occuper de l’achat du tabac à l’étranger. Lorsqu’il revient en Alsace, il est très occupé. Grand passionné d’archéologie, Maurice Burrus devient le mécène de plusieurs fouilles archéologiques. En parallèle, c’est un grand philatéliste et certaines personnes l’ayant côtoyé affirment qu’il possédait l’une des plus importantes collections de timbres au monde. Il se lance également dans la politique et devient député du Haut Rhin entre 1932 et 1940.

Maurice Burrus ne souhaitant pas fournir du tabac et le couvert aux troupes allemandes pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands réquisitionnent la bâtisse. Puis, le château Burrus se transforme en centre de formation pour officiers SS. L’industriel est forcé de loger les officiers et doit subir les beuveries et les saccages réguliers des militaires. Déchu de la nationalité française juste après la guerre, et la manufacture de tabac étant à nouveau nationalisée en 1948, Maurice Burrus décide de quitter la France pour s’installer à Lausanne, en Suisse. Le manoir familial devient une résidence secondaire où la famille apprécie passer quelques semaines jusqu’à sa mort en 1959.

Pratiquement 60 ans sans vie

Après son décès, la propriété est revendue à une congrégation religieuse souhaitant en faire un centre de vacances. Néanmoins, devant le coût des travaux, le projet ne verra jamais le jour et le château est rapidement revendu. Les années passèrent et les propriétaires se succédèrent tentant d’y vivre, mais confrontés à chaque fois face à la même problématique. Le dernier en date a acquis l’édifice au début des années 1980. Il a commencé à réaliser des travaux de toiture puis a quitté le bâtiment à cause des frais d’entretien trop importants. Pendant des années, il refusera de vendre et laissera la bâtisse tomber petit à petit en ruine et dans l’oubli. Personne ne l’a réellement habitée depuis la fin des années 80. J’espère que les nouveaux propriétaires arriveront à donner une nouvelle vie à ce magnifique joyau de notre patrimoine architectural. 

Le manoir à la Verrière : un spot urbex magique

C’est notamment en regardant des photographies du manoir à la Verrière prises par d’autres photographes, que j’ai eu envie de prendre mon appareil photo et de me lancer dans l’urbex. J’ai longtemps rêvé de l’immortaliser et en ce début d’année 2014, je suis enfin devant la magnifique bâtisse. Mon rêve est à portée de main. La magnifique bâtisse trône de l’autre côté du trottoir, endormie par ses volets fermés. Avec mon binôme, c’est notre premier weekend d’exploration loin de nos terres normandes. Vous comprendrez donc l’impatience lorsque la voiture est garée et que je m’introduis sur le terrain de la propriété.

L’aventure avait pourtant mal commencé

L’accès est assez sportif, il faut contourner la parcelle par les hauteurs avant de redescendre un pan de montagne abrupt. Bien évidemment, il faut le remonter pour ressortir ! La descente est folklorique, semée de quelques glissades non contrôlées. Soudain, après avoir passé une rangée de grands arbres, le manoir est enfin devant nous. Il est encore plus impressionnant que de l’autre côté de la route. Dans le parc, je distingue quelques hurlements qui semblent provenir de l’intérieur. Le spot étant un classique de la communauté urbex, je pense immédiatement à d’autres photographes. La porte d’entrée principale du château n’est pas loin. Lorsque je la pousse, je constate qu’elle n’est pas condamnée et que c’est ouvert. Bingo ! Nous allons rentrer par la grande porte !

Je pousse discrètement la porte, arrive dans un sas d’entrée et dans l’obscurité du lieu, j’aperçois plusieurs adolescents au balcon du hall. Ils sont figés, absorbés par les paroles d’un homme coiffé d’une casquette élevant la voix pour corriger la bande d’adolescents. « N’avez-vous pas honte de jouer au foot ici ? Vous allez tout casser ! Il n’y a pas de terrain de foot dans la commune ? Je vais aller prévenir vos parents.

Pas de chance !

Je comprends immédiatement que la visite ne se réalisera pas aujourd’hui. Cependant, il faut qu’on arrive à déguerpir sans se faire remarquer. Pendant plusieurs secondes, je reste debout en tenant la porte, immobile dans le sas. Je venais de faire du bruit et je ne savais pas si j’étais repéré. Un des jeunes me jette un regard. Il me voit à coup sûr mais ne réagit pas. Je sens la main de mon partenaire saisir mon sac à dos et me tirer délicatement vers l’extérieur. Il s’en suivra une longue course pour quitter rapidement la propriété.

Après avoir attendu devant le portail, cachés dans la voiture, tels des flics en filature, nous décidons à contre cœur d’abandonner. L’homme à la casquette ressorti une heure après puis rentra à nouveau avec des outils. Aucun doute, il allait sécuriser les accès pour éviter de nouvelles infiltrations. 

S’obstiner pour provoquer la chance

Les discussions de la soirée tournèrent autour du même sujet. Ce soir-là, nous dormions à Colmar. « Allons-nous retenter le coup demain matin ? » Que mettons-nous en place pour mettre toutes nos chances de notre côté ? ».

La nuit fut courte. Pour ma part, elle se passera dans un WC de deux mètres carrés d’un hôtel Première Classe en train de lutter contre une gastro entérite furtive. Le lendemain matin, mon visage fait peur à voir lorsque je jette un coup d’œil dans le rétroviseur de la voiture que je tente tant bien que mal de dégivrer. Il fait encore nuit sur le parking de l’hôtel.

Une heure plus tard, le jour se lève à peine. Je me lance à nouveau dans cette descente infernale. Le givre matinal n’arrange pas les choses et rend la tâche beaucoup plus complexe que la veille. La fatigue n’aide guère. Je finis sur les fesses sur de longs mètres sans bobos fort heureusement. L’accès emprunté la veille avait été condamné par l’homme aperçu. Néanmoins, Matthieu, plus téméraire, était descendu le premier et venait de trouver une faille par un soupirail en sous-sol. Il restait à le prendre pour voir s’il nous emmenait à l’intérieur de la bâtisse.

Puis après quelques acrobaties, ce fut le cas. Dans la pénombre, le jour se levant petit à petit, je découvre enfin ce lieu qui me fait rêver depuis de nombreux mois. Je ne suis absolument pas déçu. Le Château Burrus est aussi beau que je ne l’imaginais. Certes, il a connu des dégradations, avec quelques graffitis et quelques vandalismes mais l’atmosphère est tout simplement magique. La verrière surplombe les différents niveaux et absorbe l’intégralité de la luminosité. Le lieu tant convoité est enfin devant mes yeux et mon objectif.

Le château Burrus n’est plus visitable. Il est fermé et en cours de réhabilitation.

Vous avez découvert tout au long de ce récit, les clichés du manoir à la Verrière. N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous souhaitez échanger sur ce nouveau récit d’exploration. Comme indiqué au début de cet article, le lieu n’est plus visitable. Il a été racheté et une réhabilitation par les nouveaux propriétaires est lancée. Vous pourrez suivre l’avancée des travaux à travers leur page Instagram @chateauburrus.off. N’hésitez pas à visiter la mienne pour suivre toutes mes nouveautés et à la partager à votre entourage.

14 commentaires

Quel beau lieu, ça fait plaisir de le voir revivre et ne pas finir à l’abandon ! et bravo pour ton récit haletant d’urbex, j’adore

Récit très documenté (j’adore le détail de la gastro :-D) et superbes photos. C’est un édifice magnifique, je suis contente qu’il soit réhabilité ! ça aurait été dommage de le laisser tomber en ruines (le puit de lumière crée une de ces ambiances !!)

Très belles photos une fois de plus ! J’aime particulièrement les salles de bain démesurées avec les lavabos d’époque, la fenêtre au vitrail et bien sûr la lumière apportée par la verrière. J’ai même réussi à le localiser sur la carte !

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