Maison Mérule : Un spectacle de délabrement extraordinaire rarement vu en exploration urbex

Maison Mérule : Un spectacle de délabrement extraordinaire rarement vu en exploration urbex

Pour cette nouvelle aventure urbex, je vous invite à explorer la maison Mérule. Cette habitation au cœur d’un village de campagne longe une route départementale passante. L’aspect extérieur ne laisse rien présager de ce que j’allais découvrir une fois à l’intérieur. En plus de dix ans d’exploration, je n’ai jamais vu un lieu aussi envahi par la pourriture. Certaines scènes sont dignes d’un décor de série télévisuelle post apocalyptique. Installez-vous confortablement dans votre canapé, vous n’avez besoin ni de combinaison, ni de masque pour lire les prochaines lignes de cette aventure.

Un lieu prisé et fréquenté

C’est l’avant-veille du réveillon de la Saint Sylvestre que nous décidons de visiter la maison Mérule. En effet, en ce jeudi matin, nous essayons de mettre toutes nos chances de notre côté, en misant sur un voisinage peut-être en vacances ou au travail. Le lieu n’est pas une exclusivité et il tourne depuis quelques mois partout sur les réseaux sociaux. L’adresse a été rapidement partagée et ce sont des explorateurs de toute la France et de l’Europe du Nord qui viennent s’agglutiner dans ce village normand. Rapidement, les allers et venus de plusieurs groupes plus ou moins discrets attirent la curiosité puis le mécontentement des voisins. J’ai pu lire plusieurs témoignages de visiteurs attrapés par la gendarmerie ou les voisins.

La rumeur indique également que la maison Mérule a été refermée. Je ne sais donc pas à quelle sauce je vais être mangé lorsque je passe le panneau de la commune. Vais-je pouvoir m’infiltrer sur le terrain de la propriété sans être vu ? Vais-je pouvoir entrer ? Malgré l’expérience, la boule au ventre est toujours présente mais la volonté de découvrir ce lieu prend le dessus sur l’appréhension.

Une infiltration tendue

Nous décidons comme à l’habitude de nous garer assez loin. C’est toujours plus discret d’arriver à pied que de stationner à proximité de notre cible. En rejoignant la maison, nous voyons passer une silhouette puis une seconde dans la cour. Il y a donc déjà du monde sur place. Est-ce un voisin venu surveiller ou des explorateurs tentant de rentrer ? 

L’accès se fait sans encombre. Il faut avouer que les précédents visiteurs ont tracé un chemin dans la végétation. Nous sommes maintenant à l’abri des regards du voisinage et nous pouvons évoluer sur le terrain pour nous rapprocher de la propriété. Soudain, nous entendons un bruit sourd, un gros claquement, puis plusieurs personnes discuter. Les bavardages proviennent de la maison Mérule. Nous nous approchons alors discrètement pour observer sans être vu. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit d’autres photographes. Un est à l’entrée d’une porte fenêtre grande ouverte avec un appareil posé sur un trépied. L’autre, matériel à la main, sort de la dépendance.

Nous les interpellons afin de les informer de notre présence Puis nous traversons en courant, le jardin nous séparant de la bâtisse. Ce terrain est mitoyen de la route passante et surtout d’un commerce de proximité. C’est d’ailleurs là ou quelques minutes plus tôt, nous avions repéré les individus. Je les informe qu’ils sont visibles de l’extérieur et que nous les avons entendu. Je leur indique également que les voisins sont vigilants et qu’ils doivent redoubler de discrétion. C’est dans ce contexte que nous nous retrouvons à cinq dans cette petite maison de campagne.

Un état de délabrement avancé

Je ne suis jamais à l’aise lorsque je suis avec d’autres personnes dans un lieu abandonné. Obligatoirement, cela augmente les chances de se faire attraper. De plus, j’ai beaucoup de difficultés à m’imprégner du lieu, ne pouvant me déplacer comme bon me semble. Nous nous organisons plutôt intelligemment et chacun d’entre nous se retrouve dans une pièce différente.

Je commence par explorer l’étage et je suis stupéfait par ce que je vois. L’escalier est complètement immaculé d’humidité. Les murs sont recouverts de tâches de noires de pourriture. Le spectacle est encore plus surprenant lorsque je pénètre sur la chambre du pallier. Celle-ci est complètement attaquée par la mérule. Appelé plus communément le « champignon des maisons », elle s’attaque aux boiseries dans les bâtiments présentant un excès d’humidité et peut se propager régulièrement lorsque les conditions de développement sont propices.

L’odeur est irrespirable. Je suis obligé de mettre un masque chirurgical pour continuer la visite. Je protège également mes affaires et je mets des gants. Le champignon s’est propagé à la chambre d’à côté. Je suis stupéfait de voir cet état de délabrement avancé surtout que la structure de la maison ne semble pas si abimée. J’ai déjà visité des lieux bien plus dégradés mais force est de constater que les éléments pour le développement de la mérule doivent être réunis ici.

Abandonné depuis peu 

L’avantage d’être à plusieurs dans un lieu est que parfois je suis obligé d’attendre qu’un autre photographe ait fini sa prise de vue. Je prends alors plus de temps pour chercher des indices afin d’en apprendre davantage sur la personne qui occupait les lieux. Au premier abord, j’aime savoir depuis quand la maison est inoccupée. Pour cela, je me réfère souvent aux courriers ou aux calendriers. J’avais déjà fais de même au manoir du scénariste, habitation semblable à celle-ci.

Concernant la maison Mérule, je vais tomber de haut notamment lorsque je vais découvrir un calendrier des pompiers de 2018. Puis lorsqu’en ouvrant la porte du réfrigérateur, je m’aperçois que la date de péremption de la bouteille de lait et de jus d’orange est en décembre 2018. Je suis stupéfait. Comment cette maison pouvait être habitée quatre ans plus tôt et aujourd’hui avoir un degré aussi avancé de pourriture ? Le propriétaire a-t-il vécu avec une partie de sa maison infectée par la mérule ou s’est-elle développée aussi rapidement après l’abandon en 2018 ? 

La maison d’un reporter

Toutes les affaires sont restées dans la bâtisse. Rien n’a bougé. Dans les chambres, les armoires sont pleines de vêtements. A l’étage, sur un bureau, il y a de nombreux carnets de notes. A côté, je trouve la carte de presse du propriétaire. En plus de son nom, j’apprends qu’il est né en 1930 et qu’il était donc journaliste. C’est pourquoi je retrouve également de nombreux albums photos où il apparaît en train de parcourir le monde.  Dans la salle à manger, les bibliothèques contiennent un nombre important de vinyles. Le plafond s’effrite et les morceaux de plâtre recouvrent la banquette. 

En effectuant quelques recherches, je découvre que cet homme est un auteur compositeur des années 70. Il donnait également des leçons de piano, surement sur celui de la salle. C’était également un photographe amateur, il avait aménagé un petit studio dans une dépendance de la propriété ou il immortalisait des meubles anciens qu’il devait ensuite mettre en vente.

Après ma visite, j’apprends que ce monsieur est décédé en 2018. Son acte de décès est en adéquation avec ce que j’ai pu constater lors de ma visite. Il semblerait qu’il n’ait pas d’enfant, aucune trace de jouets dans la maison, ce qui explique peut-être pourquoi la succession est aussi longue, le notaire étant surement à la recherche d’un héritier.

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